Les frères Grimm avaient déjà tout compris. Blanche Neige est une préfiguration de notre époque. Que ne ferait-on pas aujourd’hui pour notre reflet dans le miroir ? Avoir et être transmutés dans le paraître. L’identité circonscrite désormais à une fragmentation d’instantanés essaimés sur les réseaux. Le crime profite aux exploitants d’images, de mots, de maux. Sur le vaste web, la pensée complexe est impossible. Ce qui est dit est ce qui est. Binaire, 0 et 1. Peu importe que la pensée évolue, peu importe que le manieur de mots malhabile fasse amende honorable. C’est un one shot. Il n’y a pas de deuxième chance ou d’occasion d’affiner son propos. Le couperet tombe. Implacable. Sans appel. L’Image condamne l’être. Le premier degré est la règle d’or. Les cons se flattent d’être enfin entendus et si bien représentés. La subtilité, le cynisme qui cache la fragilité, l’ironie la peur, l’interligne si riche de sens, le symbole libre d’interprétation sont proscrits. Le choix se limite sans nuances à être pour ou contre. L’affirmation est un fait. Le doute une faiblesse. J’espère me tromper.

Illustration Kaws by Julia Chiang.