(…) Ceux qui répondirent à cet appel et furent baptisés dans l’Intelligence, ceux-là possédèrent la Gnose et devinrent les initiés de l’Intelligence, les hommes parfaits. Ceux qui ne le comprirent pas possèdent la raison, mais non l’intelligence, et ignorent pour quoi et par qui ils ont été formés. Leurs sensations ressemblent à celles des animaux sans raison. Composés uniquement de passions et de désirs, ils n’admirent pas ce qui est digne d’être contemplé, ils se livrent aux plaisirs et aux appétits du corps et croient que c’est là le but de l’homme. Mais ceux qui ont reçu le don de Dieu, ceux-là, ô Tat, à considérer leurs œuvres, sont immortels et non plus mortels. Ils embrassent par l’intelligence ce qui est sur la terre et dans le ciel, et ce qu’il peut y avoir au-dessus du ciel. A la hauteur où ils sont parvenus, ils contemplent le bien, et ce spectacle leur fait considérer comme un malheur leur séjour ici-bas. Dédaignant toutes les choses corporelles et incorporelles, ils aspirent vers l’Un et le Seul. Tel est, ô Tat, la science de l’intelligence : contempler les choses divines et comprendre Dieu. Tel est le bienfait du divin cratère.

(…) Il est impossible, ô mon fils, de s’attacher à la fois aux choses mortelles et aux choses divines. Les êtres sont corporels ou incorporels, et c’est par là que le mortel se distingue du divin; il faut choisir l’un ou l’autre, car on ne peut s’attacher aux deux à la fois. Lorsqu’on a fait un choix, celui qu’on abandonne manifeste l’énergie de l’autre; en choisissant le meilleur, on obtient d’abord une magnifique récompense, l’apothéose de l’homme, et on montre de plus sa piété envers Dieu. Un mauvais choix est la perte de l’homme, mais sans faire de tort à Dieu ; seulement, comme ces promeneurs oisifs qui embarrassent les chemins, on passe à travers le monde, entraîné par les plaisirs du corps.

L’unité, principe et racine de toutes choses, existe dans tout comme principe et racine. Il n’y a rien sans principe; le principe ne dérive de rien que de lui-même, puisque tout dérive de lui. Il est lui-même son principe, puisqu’il n’en a pas d’autre. L’unité qui est le principe, contient tous les nombres, et n’est contenu par aucun; elle les engendre tous et n’est engendrée par aucun autre. Tout ce qui est engendré est imparfait, divisible, susceptible d’augmentation ou de diminution. Le parfait n’a aucun de ces caractères. Ce qui peut s’accroître s’accroît par l’unité, et succombe à sa propre faiblesse lorsqu’il ne peut plus recevoir l’unité.

Voilà, ô Tat, l’image de Dieu, autant qu’on peut se la représenter. Si tu la contemples attentivement, et si tu la comprends par les yeux du cœur, crois-moi, mon fils, tu trouveras la route de l’ascension, ou plutôt cette image elle-même te conduira; car telle est la vertu de la contemplation, elle enchaîne et elle attire, comme l’aimant attire le fer…

Extrait de la Tabula Smaragdina de HERMÈS TRISMÉGISTE