L’allée déserte. Il se rappela vaguement qu’il pleuvait très fort ce jour là. Et dans son cœur avait dardé le ressentiment de ce qu’il était en train de vivre. Et puis, il s’était dit en lui même, dans son for intérieur : “A quoi bon s’interroger ? à quoi bon se plaindre ? à quoi bon s’émouvoir ? Il prit dès cet instant conscience que la vie, sa vie, serait bien différente sans émotions. sans désirs, ni envie. Alors il refusa d’un coup son humanité. D’un revers de l’esprit, il se mua en une simple enveloppe charnelle destinée à se décharner le moment venu. C’était hier, avant hier. Tout cela avait dorénavant bien peu d’importance. Aujourd’hui il ne pleut pas. C’est le matin. Le réveil vient de sonner. Il se lève. Seul. Il allume la lumière. Puis la cafetière. Mange une galette de son. Va pisser. Se lave les dents. Passe son costume déjà préparé la veille. Ses gestes ont la précision de la répétition. Il ne cherche ni à maximiser ses gestes ni à les économiser. Il les exécute tout simplement. Sa volonté n’est que d’accomplir au plus juste les taches fixées. Ni plus. Ni moins. Il ne rejette pas le lien social. Il est vivant. Il cligne des yeux. La réunion d’aujourd’hui porte sur un nouveau projet. La pièce est vaste et impersonnelle. Identique et conforme à toutes celles qu’il connait déjà. Il cherche son nom écrit sur un bristol blanc par une main féminine à la calligraphie de circonstance. Il s’assied. Des conversations à droite, à gauche. Restaurant. Plainte. Fatigue. Enfants. Restaurant. Politique. Chiffres. Contentement de soi. Maison. Soirées. Invitations. Il n’écoute pas. Il attend.

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